Mon suicide
ou Le pessimisme joyeux
d'après l'oeuvre de Henri Roorda
Les réactions des premiers spectateurs m'ont rempli d' " optimisme joyeux " ! " Quel cadeau ! Un texte qui fait écho, très fortement aujourd'hui, très bien écrit. Merci de l'avoir débusqué et de nous l'avoir offert, pâte humaine si bien pétrie ! Et merci de nous l'avoir servi avec cette bienveillance amusée, cette générosité "essentielle" et cette subtilité de jeu qui ont installé une chaleureuse complicité que l'on ne saurait refuser. Bravo bravo, Grand Monsieur " " Je m'attendais à l'humour et il y en a. Je m'attendais aux résonances avec l'actualité, c'est surprenant. Mais j'ai reçu en plus beaucoup de tendresse pour le genre humain. C'était le cadeau du jour ! " " Magnifique première. Quelle belle pièce, tant pour le sujet (très actuel) et surtout pour toute l'émotion reçue !!! " " C'est une vraie pièce, qui se tient. Très belle performance d'acteur, et il y a une belle ambiance sur la scène et avec le public. Sacré travail pour arriver à ce résultat là ! J'ai beaucoup de mal avec le contenu de ce que dit Roorda, je n'aime pas ce pessimisme qui fait croire que l'on ne vit que pour attendre, s'ennuyer, économiser… mais c'est une autre discussion. "
Henri a convié ses amis à le retrouver au Grand Café, son second « chez lui ». La souriante serveuse Adrienne est là (on l’imagine en coulisse), ainsi que le patron, monsieur Fritz. Dans le public se trouvent ses amis : le militant politique Amédée Dunois, le directeur de lycée Marius Jaccard, l’écrivain Edmond Gilliard (des spectateurs sont interpelés sous ces noms). Le décor est sobre : une table avec deux chaises, deux luminaires (suspensions art-déco : une pour la scène, une pour la salle), un porte-manteau, un grand miroir, un chevalet-tableau noir où les plats du jour sont écrits à la craie. Henri a beaucoup de choses à dire à ses amis. Peut-être que ses amis ont aussi des choses à lui dire, mais, égoïstement, il propose de commencer. Le sourire domine largement, car il sait qu’il voit probablement toutes ces chères personnes pour la dernière fois. Même si elles ne le savent pas, il est important de laisser une joyeuse dernière impression, et de glisser bon nombre de pirouettes dans cette fin de parcours on ne peut plus dramatique. Dans la première partie, il n’est jamais question de suicide. Henri s’amuse volontiers entre deux tranches de critique sociale et quelques aveux de ses fautes. Il boit plus que de raison un excellent Porto, savoure un délicieux navarin de porc accompagné d’un vieux Bourgogne. Et puis, naturellement, sa confession débouche sur « Je vais bientôt me tuer ». Le ton change à peine, mais l’émotion l’emporte de plus en plus souvent. Le discours devient plus intime, mais il a toujours le souci de dédramatiser. Il offre des cadeaux (« Les rêveries du promeneur solitaire » pour Adrienne, le manuscrit de son ultime chronique pour Edmond…). Et dans une dernière fantaisie, il envisage même la possibilité de se rater si son index désobéissant refuse d’appuyer sur la gâchette. Sa dernière pensée est pour sa femme, avant de quitter le Grand Café. Bien sûr, cette scène n’a jamais eu lieu en réalité. L’inventer permettait surtout de théâtraliser un propos qui risquait trop de tourner à la conférence. Le texte est dense, intense, remue trop de choses sensibles dans le cœur du spectateur, et le livrer tel quel eut été trop indigeste. Le spectateur-voyeur, dans cette situation quasi intenable face à un personnage qui veut et va se suicider, aurait sans doute eu de nombreux moments de décrochage. Par une entrée en scène souriante, presque anodine et familière, par cette première phrase « Vous avez confiance ? », par l’adresse directe et fréquente au public, par la mise en valeur d’un côté presque épicurien, la force du texte de Roorda pourra passer mine de rien. Le début, la fin, et deux passages sont accompagnés par la musique de Schubert, car il me semble que Schubert était lui aussi une sorte de pessimiste joyeux ! Henri Roorda était sans doute dépressif et alcoolique à la fin de sa vie, et ce côté sombre serait inévitablement ressorti en situant le spectacle dans la solitude de son bureau. C’eut été un bien triste hommage à lui rendre. En le plaçant dans un lieu public, face à ses amis, on fait ressortir le pédagogue facétieux qui « doit dépenser beaucoup de bonne humeur » pour son auditoire, l’humaniste qui s’accroche à l’humour même s’il sait que la résignation finira par gagner.
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