Pour les méfiants de tous bords, précisons les intentions… Avouons-le clairement : dans « L’effet salaire », il est beaucoup question de trou du cul ! Mais que les amateurs de paillardise et de gaudriole caca-boudin ne se réjouissent pas trop vite ! Nulle trace de vulgarité, nulle facilité grivoise. Ah ? Comment est-ce possible sur un tel sujet ? Nous la jouerait-on « nouvelles écritures contemporaines subventionnées » ? Que les auditeurs de France-Culture ne dressent pas trop vite l’oreille non plus. On en est loin… Mais alors, par quelle voie l’affaire va-t-elle être traitée ? L’ambition est de montrer que même sur les thèmes les plus périlleux, les plus racoleurs, les plus futiles apparemment, il est possible de garder une véritable exigence artistique, pour rester fidèle à la devise que tout créateur devrait suivre : « de façon populaire captiver les monarques, et de façon princière toucher les roturiers ». Et qu’on ne vienne surtout pas dire que le souci de faire rire toutes les vingt secondes tire irrésistiblement vers le bas ! Parlant de fesses, le défi est de faire beaucoup rire, sans que jamais personne n’ait honte de s’être esclaffé sur une plaisanterie un peu grasse. Et puis dans la deuxième partie du spectacle apparaîtra progressivement le thème essentiel : la communication. Comment appâter des clients, des électeurs, des fidèles, des spectateurs ? Le cul est-il vraiment le roi des appâts ? Pour vendre une voiture, est-il indispensable de faire poser une potiche dénudée à côté ? Pour remplir un théâtre, est-il utile de mettre une paire de fesses sur l’affiche ? Où s’arrête la séduction, où commence le racolage ? Sous la ceinture, la gloire ? Pour faire fortune, n’y aurait-il qu’à se baisser ? « L’effet salaire » est avant tout un spectacle d’humour, qui met le doigt où ça chatouille. Nous constatons, nous nous moquons, nous dénonçons un peu, mais n’y voyez ni aigreur ni révolte. Et si, après soixante-dix minutes de rire franc et intelligent, il peut y avoir en sortant un début de réflexion sur nos petites complaisances face aux flatteurs de bas instincts, on ne s’en plaindra pas…
Les dix-huit trous Lui est très sérieux, Elle est assez snob. Ils sont au bar du club-house, un cocktail à la main. Elle – Au club, nous sommes dix-huit. Dix-huit trous de balle. Moi je suis le trou numéro douze. Lui – Et moi le trou numéro dix-huit. Le dernier. Mais souvent le plus important. Celui qui fait la décision. Elle – Je dois dire que notre vie de trou de balle est assez agréable. Nous avons bien conscience d'être privilégiés. Nous sommes des trous de première catégorie. Lui – Nous menons une vie saine, au grand air, dans le calme, entre gens de bonne compagnie. Elle – Et nous sommes bichonnés ! Tous les jours inspectés par des mains expertes... Lui – Car nous devons être impeccables ! Elle – Autour de nous, dès qu'il y a quelques poils qui dépassent, la tondeuse arrive, et hop ils nous rasent la touffe ! Lui – Cela frise la maniaquerie, même ! A la limite, j'avoue que de temps en temps j'aimerais bien un brin de fantaisie, voir une fleur pousser dans le voisinage, côtoyer une ou deux crottes de mouton pourquoi pas, mais non, il faut toujours être propre au centre d'un rond vert irréprochable ! Elle – Au moins nous avons le plaisir d'être l'objet de toutes les convoitises. Tous ces regards fixés sur nous, avec une seule idée, une seule obsession : y entrer le plus rapidement possible. Lui – Moi, les meilleurs y arrivent en quatre coups. Elle – Moi, en trois. La voie est plus ouverte. Lui – Mais certains mettent quinze ou vingt coups. Ils approchent, bien, et lorsqu'ils sont tout près, au moment de conclure, lorsqu'ils n'ont plus qu'un ou deux puts faciles, on dirait qu'ils font exprès de passer à côté ! Ils tournent autour du pot, si je puis dire. Ils puttent un coup, deux coups, trois coups, ça passe à gauche, à droite, devant, derrière... Elle – C'est vrai que c'est agaçant, ceux qui puttent de travers. Lui – Mais enfin, quel bonheur quand la balle finit par entrer ! Elle – La balle, oui. Mais moi, ce que je n'aime pas, c'est qu'on me plante le drapeau. Ah, je me trouve cloche avec mon piquet, mon petit fanion numéro douze, là, planté dedans ! Lui – Non, moi je ne déteste pas... Par contre, ce qui me gêne, c'est parfois d'être observé sous toutes les coutures. Il y a des gens, quand ils arrivent devant le trou de balle, ils regardent comme ci, comme ça (Il imite le golfeur méticuleux qui étudie le terrain dans toutes les positions avant d'ajuster son dernier coup) , vue d'ensemble, vue de détail, et que j'examine, que je réfléchisse, que j'étudie la pente, le sens du vent, le taux d'humidité, que sais-je ! Elle – C'est parce que tu es le dernier. C'est normal, le dernier coup dans le dernier trou, ils font durer le plaisir ! Lui – Enfin, chez nous au moins, on ne s'ennuie pas ! Elle – C'est vrai. Il y a bien parfois quelques moments de creux, mais après tout, quel trou n'a pas de creux, hein ? Lui – Ah, chère douze, quel humour ! Je vous adore. Elle – Moi aussi je vous aime. Profondément ! (Il glousse.) Nous sommes une petite famille, ici, nous avons tous le même parcours... Lui – Nous sommes tous des enfants de la balle ! (Ils gloussent tous les deux.) Elle – Arrivés au sommet dans la hiérarchie des trous. Nous avons réussi à percer ! (Ils rient.) Lui – Nous sommes comblés ! Et pour un trou, être comblé, c'est un comble ! (Ils s'esclaffent.) Elle – Ah, nous rions, nous rions, mais… Lui - Et nous buvons, nous buvons… comme des trous ! Elle - Ah ! Mais… ayons tout de même une pensée pour tous les petits trous de balle qui n'ont pas notre chance. Lui – Et qui ne l'auront sans doute jamais, car aujourd'hui notre métier de trou... est bien bouché. (Il pouffe.) .../...
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Spectacle à sketches un homme, une femme décor libre 80 minutes
L'effet salaire
Les deux comédiens ne sont pas des stars, l’auteur n’est pas célèbre, et ils ont l’ambition d’associer le rire et l’intelligence. C’est dire qu’ils ont toutes les raisons de passer inaperçus ! Pourtant il reste une solution pour conquérir les foules : choisir un sujet bien racoleur... Le cul est incontestablement le plus efficace. Pour aller au bout de la provocation, le spectacle aurait pu s’appeler « Les monologues du trou de balle », mais les artistes ne peuvent se renier à ce point. Le défi est pourtant lancé : rester fin, drôle, étonnant, caustique, sur un thème au fort risque de dérapage. « L’effet salaire » est une belle fleur insolite, poussant sur le fumier de la communication moderne. Son parfum est un gaz hilarant, et en plus, on est fier de ce rire là !
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