Spectacle de fables 1 homme, 1 femme décor unique 80 minutes
La démarche du crabe est publié aux éditions Thot.
(Musique. Lumière. Elle déboule sur scène, vêtue de la tenue d’intervention du SAMUSE, portant une sorte de sacoche de médecin. Elle balaye rapidement la scène du regard, puis, constatant qu’elle y est seule, elle se tourne vers le public.) La muse - C’est pour qui ?... (Pas de réponse.) Y a-t-il un malade dans la salle ? Quelqu’un a le cerveau qui tourne à vide ? Qui est le débranché de l’encéphale ? (Blanc…) Tout le monde ?!... Non, vous êtes juste timides ? Hein ? Vous me faîtes peur… J’ai reçu un appel pour un poète en panne. Il ne trouve plus rien, le chercheur. Je dois lui refaire le plein dans le crâne. (Elle vise un spectateur.) Monsieur ? Vous n’avez pas l’air inspiré… Normal : avec des inconnus, dans le noir, c’est peut-être bien pour conspirer, mais… (Le poète entre.) Le poète – C’est moi qui voulais vous voir. La muse – Ah ! (au monsieur :) Excusez-moi, je m’occupe de vous dès que j’en ai fini avec… Et puis je le connais : c’est un jaloux. (au poète :) Alors, vous êtes encore à sec ? Le poète – Je crains même que la source ne soit tarie ! La muse – Dites, la source, c’est souvent moi, il me semble ! Et je suis intarissable ! Le poète - En théorie. La muse – Alors, vos symptômes ? (Elle ouvre sa sacoche.) Le poète - Devant la feuille, je tremble. La page blanche m’angoisse. Et l’ordinateur me stresse. La muse – Faites comme Esope : le burin, la caillasse. Le poète – Et vous m’offrez le voyage en Grèce ? (Elle a sorti de son sac une tablette, un burin, un petit marteau. Elle lui tend le lot, qu’il prend avec hésitation.) La muse – Quatre vers après chaque repas. Le poète – Des petits vers ? La muse - Des alexandrins. Le poète – Et si je n’y arrive pas ? La muse – Oh, vous verrez, on s’y fait très vite, au burin. Le poète – Vous croyez vraiment qu’en changeant de fournitures, je pourrai me remettre à écrire ?! La muse – Pas sûr. Mais vous ferez des progrès en sculpture. Le poète – Vous plaisantez. La muse - Il faut bien rire. Ce n’est pas en restant morose que vous chasserez la constipation. Vous pouvez même dépasser la dose si vous retrouvez de l’inspiration. Le poète – (peu confiant) … Je vais d’abord essayer d’imiter des modèles. La muse – Modèles ? Vous voulez faire de la copie ? Même en essayant d’être infidèle, c’est toujours par dépit qu’on adopte les idées des autres. Le poète – Ou par admiration. On aurait tant aimé qu’elles soient les nôtres. Alors tant pis pour la création. La muse – Allons, inventez vous-même ! Là, à quoi pensez-vous ? Le poète – A rien. C’est le problème. La muse – Il faut que je me dévoue, encore une fois, pour vous tirer du pétrin ? Le poète – Mettez-moi sur la voie… La muse – (avec un sourire encourageant) Lâchez d’abord ce burin. Ecrire une fable est un jeu d’enfant. Le poète - C’est dire la difficulté pour un adulte. La muse - Les histoires de souris, d’éléphants, les amusantes morales qui en résultent, ne viennent que dans des esprits joueurs, où la fantaisie voyage avec la rigueur. Ne restez pas bloqué dès le départ : levez les yeux, observez la vie alentour, le ciel, le plafond, la mer, le placard… A cour ou à jardin, vous trouverez toujours de quoi rêver. Faîtes feu de tout bois, et jetez sur la page : « il était une fois ». Un chat qui torture un lézard, le vent qui soulève un jupon, du lait qui déborde, un ivrogne, une coquette, un savant, un proverbe chinois, un nœud sur une corde… Lancez une histoire abracadabrante - la vérité souvent est plus invraisemblable ! -, laissez courir, et au bas de la pente, la vie vous soufflera une chute admirable. Voici la clé pour la consécration : folie pour le début, sagesse en conclusion. Ne partez pas d’une grande pensée : vous auriez trop de mal à trouver l’anecdote. Voulant prouver par un discours sensé, vous écririez sans joie, comme avec des menottes. D’un détail incongru, une maxime souvent pourra sortir, qui paraîtra sublime ! .../...
Le poète est en mal d'inspiration. Sa muse s'amuse, le laisse patiner devant ses pages blanches. Mais elle finit toujours par revenir lui souffler de drôles d'idées venues d'on ne sait où... Le spectacle, incluant dix-sept fables souvent dites à deux voix, présente une réflexion originale sur les mystères de la création. Le poète et sa muse forment une sorte de vieux couple : il ne peut vivre sans elle, elle ne serait rien sans lui. Bien sûr ils se querellent et se réconcilient. "C’est même un délicieux supplice de parsemer de petites guerres leurs grandes paix complices. La relation ainsi semble précaire, ils y tiennent davantage, y font plus attention. La règle de leur mariage est confirmée par beaucoup d’exceptions…"
Extrait
Les fables de "Inspiré ? Soufflez !" sont tirées du livre "La démarche du crabe".
Inspiré ? Soufflez !
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Yannick Nédélec
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